samedi 10 juillet 2010

Un cadeau empoisonné !...

Un cadeau empoisonné, mais un cadeau tout de même. Un cadeau de la vie à la vie.


Un cadeau empoisonné !



« Cela remontait à son enfance, et il pensait tout évidemment que tout le monde était comme lui. C’est lorsqu’il s’aperçut qu’il était différent, qu’il se replia dans sa bulle, pour se protéger et s’isoler du monde qui l’entourait et lui faisait trop mal.


Du coup ça il savait bien faire, entrer et sortir de sa bulle comme il voulait, pour bien se protéger.

Peu à peu, il oublia, enterra, enterra mais pas trop quand même pour ne pas se perdre. Il pouvait ainsi vivre son enfance presque normalement, tout en ayant l’étrange sensation de grandir trop vite, ou de comprendre trop tôt ou trop vite les choses. Et cette immense solitude à ne pouvoir partager ces phénomènes étranges, qu’il ressentait en lui.

C’était une manière naturelle pour lui d’enterrer ce don, qui lui avait été donné, mais qu’il ne savait pas gérer émotionnellement.

On le prit tout d’abord pour un autiste. Mais comme il y avait plusieurs degrés d’autisme, cela ne l’inquiétait pas trop. De ces enfants différents comme lui, il en avait déjà vu. Ils ne lui faisaient pas peur comme à la plupart des gens, ignorants et bêtes devant la différence ou ce qu’ils ne comprennent pas. Au contraire, il pouvait communiquer avec eux, sans besoin de parler. Il savait leur monde. Il fut donc capable de se fondre dans leur décor, mais pas trop tout de même pour ne pas se perdre. Et puis ses parents n’auraient pas supporté d’avoir un enfant « idiot ».

Lorsqu’il comprit que ses parents inquiets le traîneraient de psychologues en éducateurs, pour étudier son cas et trouver des solutions à son problème, il dut changer de tactique. Car c’était difficile pour eux d’admettre la différence de leur enfant. Il ne leur en voulait pas. Ce n’était pas de leur faute, ils n’étaient pas préparés.

Et c’était dur pour lui de devoir garder ce secret. Alors voyant que ceux-ci ne le lâcheraient pas avant d’avoir un enfant qui ressemble à tous les autres enfants, il en eut vite assez. Il ne voulait pas traîner entre les mains des médecins, psychologues et éducateurs de tout genre, comme un rat de laboratoire à tourner dans une cage.

Et puis les hôpitaux, il n’aimait pas ça. C’était insoutenable pour lui. Lorsqu’il avait du y aller forcément, il s’était évertué donc à enterrer plus profondément encore… Et du coup naquit sa solitude qui se fit plus profonde encore, ainsi que sa tristesse. Et une très grande détresse qu’il ne comprenait pas le tenaillait et l’envahissait au fil des années. C’était sa solitude.

Il décida alors de changer de tactique. Il joua les imbéciles, c’était plus pratique pour lui. Et facile en plus. Aux imbéciles, on leur fichait la paix. Ce n’était pas de leur faute, ils étaient comme ça. Personne ne pouvait rien pour eux. Et en plus ils avaient toujours des copains. Prêt à faire le clown ou le pitre. Et puis les imbéciles, ça fait rire les gens au moins. Il joua donc les imbéciles, mais pas trop quand même pour ne pas se perdre.

Sa scolarité se déroula presque normalement. Il aimait bien l’école. Il avait de bons résultats, mais il fallait qu’il s’évertue à ne pas en faire trop. Faire le minimum, être dans les 5 premiers de la classe, et pas à chaque fois, cela suffirait. Ses parents seraient contents et lui, il serait « presque » comme tous les autres. Enfin jusqu’en primaire, ça allait. A part quelques petits incidents mineurs, il réussit à se fondre dans la masse.

Arrivé au collège, ce fut une autre histoire, cela commença à se gâter un peu. Jusqu’à présent, il avait pu faire illusion.

Mais au collège, il fallait choisir. Y’avait des grands un peu plus méchants. Et comme on n’a jamais vu d’imbécile intelligent… Soit il faut être intelligent ou être imbécile, mais pas les deux à la fois. C’est pas possible ! Sinon t’arrive plus à faire illusion. Faut choisir ton camp !

Alors à partir de ce moment là, si tu décides de rester intelligent, mais pas trop tout de même, et bien ça va pas non plus. Car pour avoir des copains, faut pas être dans les premiers de la classe. Parce que même les premiers de la classe comme toi, et bien tu peux pas t’en faire des copains, parce que comme il te trouve un peu imbécile, forcément t’es pas de leur rang.

Alors comment faire ? A partir de là c’est le piège ! T’es encore bien jeune. Tu sens l’étau qui se resserre. Mais tu peux pas choisir ! T’essaye juste de survivre. Mais tu gères, tu gères, et tu triches avec toi-même. Et puis à chaque récré, on te cherche des poux dans la tête.

Et tu remets une couche, t’enterres, t’enterres. Du coup, tu décroches en maths, car tu te dis que tu peux bien t’en sortir sans tous ces chiffres et ces algorithmes. Et puis le prof de maths, tu l’aimes pas. C’est juste qu’un gros dégueu, qui a tout le temps les doigts fourrés dans le nez.

Et puis les maths, c’est pas ça qui t’aidera à avancer. Et puis t’en sais suffisamment pour pouvoir t’en sortir. Autant se concentrer sur autre chose : survivre.

Et puis toi ce que t’aime c’est les mots, ça t’a toujours sauvé ça !

D’ailleurs ça te rappelles ta première rédac que t’avais fait en CE2, que la maîtresse avait lu tout haut devant tous les élèves de la classe. T’étais fier, tu l’aimais bien cette rédac, mais plus moyen de la retrouver. Avec le temps tu sais plus ce qu’elle est devenue. Tu te dis que la maîtresse l’a peut être gardé en souvenir.

Mais tu te souviens de ces mots que t’y avait posés. C’est normal, tu parles déjà en image. Et dans ta rédac tu parlais du genre qu’on serait peut être comme des « marionnettes manipulées par des fils invisibles ». Comment qu’on dit déjà quand on veut faire une image littéraire, tu retrouves plus le terme. Ben c’est normal, car t’apprend beaucoup plus tard, qu’il s’agit d’une métaphore.

Ouah c’est un mot vachement savant ça ! Ben du coup, tu te mets à aimer les métaphores. Et puis tant pis si les autres ne comprennent pas. Du moment que toi tu te comprennes. C’est magique ! A chaque image correspond une idée que tu veux faire passer. T’aime bien les images, c’est plus parlant. Et puis du coup t’as ton propre langage. Même que si les autres y font semblant de comprendre ou de trouver ça beau, et bien toi tu t’en fiches, même s’ils comprennent rien. Car toi ça te fait juste plaisir d’écrire. Et puis de toute façon comme tu dessines depuis tout petit, et bien c’est complémentaire les métaphores.

Et puis t’as toujours la tête dans les nuages, mais pas trop quand même pour ne pas te perdre. Il faut que la maîtresse ait toujours l’illusion que t’es là à l’écouter bien sagement, pour apprendre tout ce qu’elle a à t’apprendre. Alors du coup, tu peux pas t’empêcher de griffonner des trucs pendant qu’elle parle. Et puis c’est une habitude que tu perds pas. Tu la gardes pendant tout le reste de ta scolarité. Tu griffonnes tout et n’importe quoi, des petits dessins sans importance mais qui te font du bien, qui t’aide à supporter les heures trop longues des salles de cours, quand t’as l’impression d’étouffer et que tu voudrais être ailleurs. C’est ton esprit qui s’évade, mais ton corps reste là, prisonnier sur ce banc. Tu rêves de voyager. Tu rêves de parcourir le monde, de faire le tour de la terre comme Jules Verne.

Mais tu vois qu’au bout du compte, après toutes ces années de bataille, t’es toujours assis sur le même banc…

Et tu voyages dans ta tête, alors t’inventes des histoires. Tu commences à écrire. Ça vient facile. C’est magique ! Tu dis plus tard, je serai instituteur, journaliste, écrivain, peintre comme Van Gogh, que t’aime bien. Mais ça fait peur à tes parents, il parait qu’il était un peu fou. Il s’est coupé l’oreille. Et toi tu te dis mais, on se coupe pas l’oreille sans raison. Peut être, peut être bien qu’il entendait des voix. Et toi tu sais que Van Gogh, il était pas fou. Il avait juste pas de bulle pour se protéger.

Mais tu sais aussi que la bulle, c’est dangereux, car si t’y entre trop profond, elle t’entraîne au fond, et tu pourras pas revenir. Car y’a personne qui t’aidera, vu qu’ils comprennent rien et que ce qu’ils feront, ça t’aidera pas, au contraire. Mais ça tu le découvriras plus tard.

Remarque ça t’a pas empêché de voyager. Le soir, sous les draps à la lampe de poche, c’est là que tu t’évades. T’aime ça lire. Tu dévores. Et c’est ta grand-mère, qui t’a filé la lampe de poche, car ta mère elle veut pas que tu gardes la lampe allumée pour lire, et pour pas t’abîmer les yeux. Elle a raison, c’est sur, mais c’est plus fort que toi, tu cherches les réponses. Alors tu te caches sous les draps… Remarque, au bout du compte, t’as l’impression après toute ces années, d’être toujours caché sous les draps.

Et puis il parait que tu te lèves la nuit. T’es somnambule. Tu marches en dormant. Peut être que t’essayes tout simplement de vivre la nuit, ce que le jour peut pas te donner. Tu parles même en dormant. Et ça, ça dure même des années plus tard. Tu parles en rêvant des « intégrales », alors que tu sais même pas ce que c’est puisque t’es nul en maths depuis bien longtemps. Mais après tout c’est peut être simplement ton esprit qui veut te rappeler que t’es plus entier, puisque t’as perdu une partie de toi-même. Du coup tu te poses des questions, encore des questions ?

Les réponses, elles viendront quand sera le temps. Car pour l’instant t’es perdu, avec ces boules d’angoisse qui te remonte le long de la gorge. Tu sais pas d’où ça vient, mais tu sais qu’il y a quelque chose qui voudrait sortir de toi, mais t’as oublié depuis longtemps. C’est tout blanc….

Du coup tu te souviens que ce que tu aimais quand t’étais au primaire, c’est de parler des planètes et de tout le reste. T’as quand même des discussions très « philosophiques » avec les autres premiers de la classe, des théories… que tu développes avec eux. On s’invente des mondes, on refait le monde. Philosophique, c’est encore un nouveau mot savant, que tu apprendras bien plus tard.

Mais finalement avec tous ses mots savants qui veulent rien dire, toi tu comprends vite que l’intelligence, c’est pas de parler en mots savants que la plupart des gens ne comprendront pas, pour juste étaler leur intelligence. Et tu repenses à ton prof de français qui disait tout le temps : « l’intelligence, c’est comme la confiture, moins t’en as, plus tu l’étales ». Et tu trouves qu’y’en a beaucoup des gens qui étalent et qui parles pour rien dire. Alors que toi t’aurais des choses à dire, mais seulement personne veut t’écouter. Tu repenses à ça et ça te fait bien rire, enfin pleurer aussi.

Car du milieu d’où tu viens, les gens faut leur parler simple. Se mettre à leur portée, pour leur expliquer. L’intelligence du cœur comme tu dis, car y’a pas que ta tête qui raisonne. Ton cœur, il a quelque chose à dire aussi. Tu penses pas, tu te laisses aller, tu calcules pas dans ta tête, tu suis le courant, ton inspiration, et malgré tout t’avance…

Du milieu d’où tu viens, tu te souviens qu’y’ avait la voisine qui mettait des enfants au monde si petits, qu’ils tenaient dans une boite à chaussure. Du milieu d’où tu viens, la misère tu la côtoyais tous les jours. Du milieu où tu viens, tu te souviens que c’est ta grand-mère, qui allait aider ces gens là. Du milieu où tu viens, tu te souviens que tes parents, ta famille avaient vécu le pire. Et qu’eux ils avaient pas eu la chance d’aller à l’école. Alors tu les crois tu te dis que l’école, c’est une chance. Et t’y crois jusqu’au bout. Mais… Des écoles avec des murs si gris… Tu t’y fais finalement, (tu te fais à tout, tu t’adaptes, petits bouts de pâte à modeler) et puis les grands y savent mieux que toi, ce qui est bon pour toi. Juste qu’ils ont peut être oublié d’être petits, vu qu’ils ont pas eu le temps de finir de grandir. Et qu’ils ont cru comme toi ce qu’on leur avait dit, vu qu’eux, ils ont même pas eu la possibilité de se rendre compte par eux-mêmes.

Pour le coup, tu finis par le jouer ton instituteur auprès de ta famille. Quand y comprenne pas quelque chose, t’es toujours le premier à leur expliquer. Et dés fois y te croit pas.

Et puis t’es toujours obligé de planquer tes feuilles, pour pas qu’on copie sur toi, quand y’a interro, parce qu’après, c’est toi qu’on accuse d’avoir triché. Alors que c’est les autres, les tricheurs.

Et puis tout ça, ça s’efface avec le temps. Y’a plus que le blanc…

Du coup, revenons à nos moutons… Y disait toujours ça le prof de français : « revenons à nos moutons ! » comme dirait la femme de chambre. Et les autres y se posent pas de question, mais toi tu te dis, mais qu’est ce que viennent faire là les moutons. Les moutons ça vit dans une bergerie. Alors tu cherches, et tu trouves la réponse, un peu plus tard. Car finalement ce qui est bien c’est que t’arrive toujours à trouver les réponses. Les autres pendant ce temps, y se sont même pas poser la question. C’est peut être eux les moutons, finalement c’est de l’humour qui faisait mon prof de français.

Alors finalement, du coup comme t’es nulle en maths, non seulement t’as un peu plus de copains, enfin pas vraiment des copains, juste des ceux qui t’embêtent plus, qui se mettent plus en bande pour t’attaquer à la récré. Ben oui t’es dans la bande maintenant ! De l’autre côté de la barrière. T’essaye de survivre. Système D, toutes les solutions sont bonnes.

Ce qui est bien c’est que d’être nulle en maths, finalement tu te concentres plus sur ce que le prof de français y t’apprend. Avec l’histoire des moutons, tu découvres très vite que tu peux jouer avec les mots, un mot pour un autre. Les mots à double sens, à contre sens, c’est super, ton langage codé s’améliore. Et puis le prof y te fait découvrir Brel et plein d’autres choses. Les autres y aiment pas Brel, y comprennent rien. Mais toi tu aimes. Et tu t’en fou de ce que les autres pensent. Alors tu dis plus rien. T’écoutes juste la chanson : « Je vous ai apporté des bonbons… » qui chante le Monsieur. Et là pour toi c’est une découverte. C’est magique !

Et puis le prof y t’apprend des tas d’autres trucs. Tu l’aimais bien ce prof. Dés fois, tu repenses à lui et tu te demandes ce qu’il a bien pu devenir.

Et puis t’en a qu’un de véritable ami. Tu fais tous les jours la route à l’école avec lui. Vous partez en vélo tous les deux. Et puis tes mercredis, c’est dans son verger que tu les passes. Y’a plein d’arbres, c’est magique. Des arbres fruitiers, des pommiers… C’est le paradis ! Ou quelque chose d’approchant. Et puis on discute longtemps, souvent. On regarde les nuages. On compte pas les heures. Mais on leur trouve des têtes bizarres aux nuages. Mais quand tu dois rentrer chez toi, tu te dis toujours que c’était trop court, les balades dans les genêts.

Et puis c’est le choc ! La famille qui tourne pas bien rond. Tes parents qui se déchirent. Ta mère, le sang, lame de rasoir, l’hôpital, tout ce blanc, ton père absent. C’est la nuit, il fait noir.

Et là t’oublies tout. T’efface pour ne pas que ces moments douloureux que t’es en train de vivre t’atteigne et t’imprègne. T’effaces tellement que tu t’effaces toi-même et tous les passages de ta mémoire avec. Tout glisse sur toi, comme si t’étais plus là au moment des évènements. Le temps se fige, fait un bond… Tu te réveilles chez ta grand-mère.

Mais ça t’imprègne quand même, à ton insu, même si t’as plus les images, ni le son. T’es pas assez fort. Que du blanc ! tu prends ça avec distance. Tout glisse, glisse… Il te manque des bouts d’histoires, mais c’est pas grave, c’est pas important. Puisque sur l’instant tu t’en souviens plus.

Mais c’est important, car ce qui fait plus mal et que t’arrives pas à comprendre, c’est ce que t’a oublié finalement.

Et puis tu retournes à l’école comme si de rien n’était. Tu te poses même pas la question de savoir où est ta mère. Ta même plus les images d’avoir été la voir à l’hôpital. Tu sais plus, t’es perdu. Tout glisse, tout glisse… sur toi. Mais pas tant que ça en fin de compte.

Alors tu commences à te perdre pour être comme tout le monde. Finalement tu es comme tout le monde, mais pas plus heureux.

Tu sens bien au fond de toi qu’il y a quelque chose qui te manque.

Alors c’est ton corps qui réagit, il parle pour toi. Et vlan, te voilà tout tordu d’un coup, histoire à ta croissance à ce qu’il parait. Sauf que c’est juste ton corps qui se venge de ce que ta tête veut plus lui donner.

Te voilà de nouveau entouré de médecin pour te soigner le dos. On te fait croire qu’après tu seras tout droit.

Mais on te la fait pas à toi, c’est ton corps qui parle pour toi. Et puis tu sais depuis longtemps, que ce qui est tordu, ne peut se redresser.

Te voilà harnaché de bout de métal qui te couvre le corps des hanches jusqu’au cou. Evidemment comme tu le vis mal, t’as droit à un psy. Mais tu lui dis rien, tout va bien. Tu le vois qu’une fois, t’as réussi une fois de plus à passer dans les mailles du filet. Tu veux juste qu’on te fiche la paix.

Et les années passent ainsi, t’as oublié, mais t’es jamais bien. Mais tu vis quand même. Malgré tout t’as une enfance heureuse, empli d’amour. L’amour c’est ce qui sauve toujours… Mais tout glisse, tout glisse… »



Cassandre
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mars 2006

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